La journée Internationale de l'Éducation; une opportunité de donner la parole aux enseignants

Aujourd'hui, nous souhaitons partager avec vous l'histoire de Mélodia Majidi, 29 ans, institutrice depuis 6 ans maintenant et directrice de l'Ecole des Sciences de Montreuil.

 

Je m’appelle Mélodia Majidi, j’ai 29 ans, et je vis avec mon petit garçon en région parisienne. Mon parcours universitaire a été assez atypique, passant par des études en médecine, en psychologie et en neurosciences. Cela fait 6 ans maintenant que je suis professeure des écoles. Je suis aujourd’hui directrice de l'École des sciences de Montreuil, l'un des 23 Centres-Pilotes de la fondation La main à la Pâte en partenariat avec l'Éducation Nationale. Je sensibilise les équipes pédagogiques à l’enseignement des sciences, et je prépare des ateliers sur différents thèmes pour faire vivre l’apprentissage de la matière. 

Pourquoi êtes-vous enseignante ? Qu’est-qui vous motive dans l’éducation aujourd’hui ? 

Avant d’arriver dans l’enseignement, je suis passée un temps par des études scientifiques, avec pourtant un sérieux bagage littéraire de part mon baccalauréat. Je trouve qu’il a toujours été difficile de ne pas se positionner autrement qu’étant « scientifique » ou bien « littéraire ». A mon sens, il n’est pas productif de poursuivre cette volonté induite par notre société, qui est de séparer ces deux domaines. En choisissant cette voie qu’est l’enseignement, je me suis dit que c’était le meilleur moyen pour moi de prouver que cette scission était inutile et conditionnait une réduction des capacités de chacun, et ce, dès le plus jeune âge. Pour moi enseigner, c’est investir mes convictions et mes engagements dans mon métier. C’est former de futurs adultes, en remettant en question constamment ma pratique pour évaluer comment leur permettre d’avoir des fondations solides pour l’avenir. En enseignant, je vois une évolution constante, qui ne peut-être que positive. Je prends un fabuleux plaisir à voir une méthode fonctionner pour tel et tel élève, de me dire que pour un autre, cela n’a pas opéré et qu’il me faut alors changer d’approche. Je suis passionnée par ce métier car j’apprends autant que mes élèves et ce, tous les jours. L’enseignement est une expérimentation permanente. 

Pourquoi l'éducation au changement climatique est-elle importante selon vous ? 

Je n’ai pas encore 30 ans, et je me souviens des séances que l’on faisait en classe quand j’étais enfant, qui portaient sur les risques des énergies fossiles. Puis un peu plus tard, sur les alertes des scientifiques quant au réchauffement climatique. Pourtant, à l’heure actuelle, peut-on réellement voir l’impact de ces séquences ? J’ai envie de croire que oui. Oui, car aujourd’hui, c’est la jeunesse des années 80, 90 qui s’applique et s’évertue à sauver un climat qui se détériore de plus en plus. Pas seulement nous, bien évidemment. Mais nous avons néanmoins grandis avec ce petit compte à rebours au-dessus de nos têtes. 

Melodia

Selon vous, pourquoi devrions-nous avoir une éducation au changement climatique et dans quelle mesure ? 

Or, dans les faits, tous les voyants sont au rouge cramoisi. Qu’avons-nous raté ? Il est vrai qu’en explicitant seulement les théories et les constats alarmants, nous n’avons peut-être pas eu l’occasion d’agir concrètement. L’école est pourtant le meilleur lieu pour enseigner les actions nécessaires à une amélioration de la situation. Nous avons tendance à appeler le français et les mathématiques comme étant « les fondamentaux de l’école ». Mais ne pouvons-nous pas dire aussi que l’éducation au changement climatique est plus que fondamentale, car urgente ? L’école est capable de générer ces connaissances, tant que le professeur est accompagné. Aujourd’hui, obliger l’enseignement des sciences du climat ne doit pas être une option : c’est une cause mondiale, qui commence chez nous, dans notre cuisine, dans notre salon. Anticiper l’avenir, modifier nos comportements, adapter notre géographie, doit être au coeur de notre société. Et donc, de nos écoles. 

Quel est l'état de l'éducation au changement climatique dans vos salles de classe aujourd'hui ? 

Pour reprendre ce que je disais au départ sur la fameuse scission entre les scientifiques et les littéraires, je pense que cela a desservi la cause de l’enseignement des sciences en général dans les écoles. Car aujourd’hui, les enseignants du premier degré viennent principalement d’une filière littéraire, et certains peuvent avoir un attrait réduit pour cette matière (et cela ne les empêche pas de la pratiquer). Si cela avait été autrement, je suis convaincue que nous verrions davantage d’expérimentation spontanée dans les classes. Car bien que les sciences soient aux programmes de l’Éducation Nationale, la thématique du changement climatique n’est pas abordée clairement. Le Conseil Supérieur des Programmes n’a décidé qu’il y a un an d’envisager un appui plus fort, plus concret des sciences du climat dans les séquences pédagogiques ; et leurs conclusions sont encore trop superficielles car inexistantes dans les programmes et les écoles. Autrement, c’est à l’enseignant de générer des séquences, ou d’exploiter des ressources pour aborder le thème en classe. 

Comment enseigner au mieux le changement climatique? Quelles approches et pratiques pédagogiques s’avèrent plus appropriées à la mise en œuvre de l’éducation au changement climatique ? 

Le changement climatique est un objet que l’on peut expérimenter en classe, mais pas aussi facilement que peuvent l’être des thèmes comme la miscibilité, la ventilation pulmonaire, ou encore l’héliocentrisme. Pour l’enseigner, le cycle 3 peut expérimenter et manipuler en s’appuyant sur des recherches documentaires pour trouver des solutions viables, à expérimenter et concrétiser avec le soutien des villes par exemple. Dans les cycles précédents, le travail serait autour d’une sensibilisation permanente et constructive, qui devra reprendre les failles de nos pratiques quotidiennes. En gardant la démarche d’investigation propre aux sciences, il faut établir une problématique pour que les hypothèses fusent et que les expérimentations pour les avérer apparaissent. L’enseignant est là pour générer ces problématiques, car c’est à lui qu’incombe de guider le groupe classe vers un thème du programme à travailler. 

Que devrions-nous continuer à faire ? 

Nous pouvons attendre les études du CSP, et des adaptations de la part du Ministère. Mais là encore, il me semble que c’est à nous d’être en capacité de faire une différence là où nous sommes. Il nous faut donc nous appuyer sur des ressources scientifiques exploitables pour les étudier en classe. 

Mais il faut surtout continuer à sensibiliser les familles. Le centre-pilote que je supervise est le fruit d’un contrat tripartite entre la mairie de Montreuil, l’Éducation Nationale, et la fondation de vulgarisation scientifique La main à la pâte. Grâce à ces centre-pilotes, nous avons l’ambition de développer les volontés de Charpak, prix Nobel de 1995 à qui l’on doit la création de fondation. L’une d’elle était de générer du lien entre l’école et les familles. Car qui mieux que nos élèves pourraient communiquer nos pratiques à l’extérieur ? Les sciences ont cette capacité de permettre la manipulation et l’explicitation. Elles n’ont pas vocations à rester isolées, mais à être diffusée, partagées. C’est pour cela que je souhaite faire revivre la fête de la science dans la ville de Montreuil. Bien évidemment, l’expérimentation et la manipulation sont censées être présentes durant ces temps de partage, mais la crise sanitaire exceptionnelle que nous traversons aura raison temporairement de celles-ci. Il y a cependant plein de moyen de transmettre des connaissances, et nous y arriverons. Ce sera une adaptation 2.0, le temps de faire revivre un panel de sensibilisations aux changements climatiques et aux diverses expérimentations envisageables à tous les âges. 

Vous souhaitez faire revivre la fête de la science de Montreuil qui a lieu en avril/mai et qui n’existe plus depuis un certain nombre d’années. Selon vous, comment des initiatives comme celle-ci ou comme la Semaine mondiale de l'éducation (du 16 au 20 novembre 2020) ou encore la Journée mondiale du climat (8 décembre) peuvent être utiles pour l'éducation au changement climatique ? 

Tous les temps nationaux, publiques ou scolaires, accordés pour les sciences du changement climatique ont pour ambition de partager des découvertes, de provoquer une prise de conscience et donc, une plus grande responsabilité. Des découvertes qui, bien évidemment, vont de paires avec la nécessité de programmer un avenir plus serein. Mais ces jours passés à diffuser ces connaissances ne doivent pas être isolés, d’où la nécessité de les intégrer distinctement dans les programmes scolaires selon moi. Surtout que parfois, la force de certains de ces évènements provient du fait que les enfants sont acteurs de leurs solutions, en les proposant au grand public. Savoir est essentiel, agir est inéluctable : l’élève doit se sentir acteur de ses solutions. 

Que faut-il faire d'autre ? Quelles possibilités voyez-vous dans l'éducation au changement climatique ? Que pourrait faire votre école pour accroître l'efficacité de l'éducation au changement climatique ? 

L’enseignement a souvent été le soutien de crises sociétales, et aujourd’hui plus que jamais nous traversons la plus grande. En partant de tout cela, nous pouvons générer une mobilisation pour soulager la planète, en nous inspirant par exemple de tout ce que nous avons du mettre en place pour adapter nos emplois à la crise sanitaire de la Covid-19. L’école est un élément charnière, mais l’adulte derrière le groupe classe est plus fort en agissant à plusieurs. 

C’est pourquoi, mutualiser nos connaissances comme nous le faisons avec nos centre-pilotes et dans l’école des sciences de Montreuil ne peut qu’accentuer cette vague de bouleversement qui amèneront, j’en suis certaine, un changement dans nos habitudes. Tout cela nous apporte des constats quotidiens, des solutions à envisager et à tester. 

L’urgence, à présent, c’est d’apprendre à vivre avec les dégâts causés par l’homme, et générer des stratagèmes pour les diminuer. En influant une capacité d’investigation et de réflexion aux élèves, nous programmons pour l’avenir des adultes capables d’agir pour une réalité. 

Datum der Veröffentlichung
Autor/in
Office for Climate Education OCE